Un photographe inspirant et un magicien du lâcher prise – Entretien avec David Ken

David Ken est photographe. Sa carrière a démarré sur les chapeaux de roue, il a collaboré avec les magazines les plus prestigieux, puis quand il a eu le besoin de réinventer sa carrière de photographe, il a créé le LOL Project.

C’est tous ces rendez-vous avec, à la fois le succès, à la fois ce qui fait sens pour lui que nous avons exploré dans cet entretien.

Voir l’entretien en vidéo :

En commençant par la photographie : c’est quoi, pour toi, la photographie ? Un rêve d’enfant ? Une passion de toujours… ?

Alors, la photographie, c’est une vraie passion de toujours. Ma mère m’a dit : « À six ans, la première chose que tu as demandée, c’est un appareil photo. » Je ne sais pas pourquoi.

Donc, comme je viens de Bruxelles – tout le monde ne le sait pas, donc je précise – et que je ne viens pas d’un milieu très favorisé, on va dire… À l’époque, c’étaient des films. Et on m’offrait, pour mon anniversaire, des films. Et pour la Noël on les développait.

Les films, la pellicule ?

La pellicule.

Ah oui !

Eh oui, avant il y avait des pellicules. Et c’est pour ça qu’aujourd’hui encore je ne shoote pas… Quand je fais des photos, je ne joue pas à la mitraillette.

Parce que ça ne sert à rien, d’abord, enfin à mon sens. Mais je cadre, je discute, je dirige et je shoote. Un gars qui fait des portraits et qui prend 5000 images pour une personnalité, je ne sais même pas comment il va faire pour choisir.

Ça vient de là. Ça vient du fait qu’il y avait une économie, une économie du film. On a un peu oublié ça.

Et aussi, à l’époque, il fallait être très précis. On ne pouvait pas ne pas mesurer la lumière, faire la lumière, etc.

Donc ça démarre à six ans. Et jusqu’à une vingtaine d’années c’était totalement en amateur. Parce que je n’ai pas du tout fait ce genre d’étude-là. Et j’étais autodidacte depuis toujours.

Donc voilà, c’est totalement par hasard que je suis tombé dans la photographie. De mode, d’abord. Très vite, de pub. De publicité. En Belgique.

En Belgique, au bout d’un an et demi, j’avais un peu fait le tour. Avec des gens fantastiques, là-bas. Adorables, en plus. Mais un peu petits.

Donc le graal, à l’époque, c’était le Vogue italien. C’était d’aller en Italie, pour se frotter à ceux qui étaient les maîtres de l’époque. Et toujours aujourd’hui, d’ailleurs : Irving Penn, Avedon… Ce genre de grands noms, Helmut Newton… voilà.

Moi, j’avais leurs bouquins chez moi. Donc j’étais un peu admiratif.

Donc j’ai été, au bout d’un an et demi, vers 22 ans, j’ai été en Italie, à Milan. Je ne parlais absolument pas italien, d’ailleurs, à l’époque. Et voilà, j’ai été montrer mon travail. J’ai été reçu, et j’ai reçu une grosse, grosse claque.

En deux mots, on m’a dit : « Tu es bien gentil, mais c’est pas tout à fait le niveau. »

Donc je suis rentré un peu… une main devant, une main derrière, comme on dit en Belgique. Et là, j’ai commencé à faire des photos totalement différentes. Très personnelles. Pendant six mois.

Et là, j’ai eu un deuxième rendez-vous. Six mois plus tard, à Milan. Avec Alberto Nodolini qui était le plus grand directeur artistique au monde. Qui était le patron de Vogue Italie.

Donc bref, travailler pour le Vogue Italie à l’époque, c’était comme avoir un Oscar aujourd’hui, donc… Et tous les gens que j’ai cités avant travaillaient pour ce magazine.

Et voilà comment j’ai commencé une carrière internationale. Par 35 degrés, j’avais fait 917 kilomètres, je me souviendrai toujours, avec ma petite Lancia Abarth. De Bruxelles, petit ketje de Bruxelles, j’ai été en Italie.

J’ai dormi dans ma voiture, parce que j’avais pas trop de sous. Et le lendemain matin, j’ai présenté mon travail à Alberto Nodolini, et… Il faisait vraiment très chaud. Et il a regardé mon book en faisant comme ça. Pendant ce temps, le téléphone sonnait, il répondait à Pierre, à Paul, à Jacques, puis il m’a dit : « Merci, au revoir. »

Et je me suis dit, dans ma tête : « J’ai fait 917 kilomètres pour m’entendre dire ça… Il n’a même pas regardé mes images. »

Donc je me suis énervé et je lui ai dit : « Je sais qu’il fait très, très chaud à Milan, mais mon book, c’est pas un ventilateur. » Et à l’époque, on n’avait qu’un book. On mettait toute sa vie dans un book.

Il m’a regardé bizarrement. Et je lui ai dit : « La moindre des choses, je viens de faire autant de kilomètres, c’est que vous regardiez vraiment mes images. Vous ne m’avez pas posé une seule question, vous avez répondu au téléphone… L’instant présent, on n’était pas ensemble, donc… »

Là il s’est un peu vexé. Il a dit à sa collaboratrice, qui s’appelait Carmen : « Plus de téléphone, plus rien du tout. » Et il a commencé à feuilleter, feuilleter… Et lorsqu’il a terminé, il m’a regardé, il m’a fait : « Qu’est-ce que vous faites jeudi – on était un mardi – qu’est-ce que vous faites jeudi ? » Et je dis : « Ben, je travaille pour vous. »

Là, il a souri, puis il m’a dit : « Vous êtes descendu à quel hôtel ? » Et là je lui ai répondu : « Lancia Abarth. » Il me dit : « Lancia Abarth ? » Je dis « Oui, ma voiture. » Il a encore ri.

Et donc voilà. Il a appelé Carmen, la fameuse Carmen, et c’est comme ça que le jeudi suivant j’ai commencé par le Vogue Italie, avec une série. Et quand on fait le Vogue Italie et qu’on vient de Belgique, dès que c’est publié…

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Ça ouvre des portes.

Tout de suite, on… C’est comme si on avait gagné Roland Garros. On est tout de suite propulsé. Donc il faut prendre sa chance.

La provoquer.

La provoquer. Il y a des opportunités tout le temps. Il faut provoquer ces opportunités, mais il faut aussi les voir venir. Et il y a des périodes dans la vie où les opportunités, les possibilités on ne les voit pas, en fait. On n’est pas dans l’état d’esprit de les voir.

Donc là :

  1. Il faut les provoquer, on n’a rien à perdre.
  2. Il ne faut pas être timide. Parce que cette chance, elle passe une fois. Comme on dit en grec, c’est le carrosse. Donc il faut prendre le moment qui passe.
Oui, parce que si tu prenais le « Merci, au revoir », c’était fini à ce moment-là. En tout cas pour cette opportunité-là.

Ben peut-être qu’aujourd’hui je ne vivrais pas de la photo. Peut-être qu’aujourd’hui je ferais autre chose. Peut-être, qui sait ?

Alors si on fait un bond dans le temps, il y a ce fameux LOL Project. Tu peux en expliquer la naissance ?

Alors, pour comprendre bien le LOL Project, il faut se dire qu’on est en 1983 lorsque je parle de l’Italie. Ensuite je reste trois ans en Italie, avec pas mal de magazines : Lei, Grazia, le Vogue, etc., Amica…

Ensuite, je pars, à… Je suis appelé, j’ai un contrat aux États-Unis. Donc je fais de la mode, de la pub, des gros catalogues… Et j’habite à New York.

Et donc je reviens, parce que l’Europe me manquait, je reviens, un peu auréolé de tout ça, à Paris. Parce que j’adore Paris. Pour moi, c’est la plus belle ville du monde. Et c’est à ce moment-là qu’on est en 1999.

Entre temps, il s’est passé beaucoup de temps. Et c’est à ce moment-là qu’il y a la fameuse crise, en 1999… Je m’associe avec William Lafarge, on est dans l’agence qu’on a créée ensemble. Et là maintenant on fait un bon, encore, en 2009, septembre 2009, donc dix ans plus tard, et on est en pleine crise des subprimes, la grippe H1N1, des tsunamis.

Et le moral en France, partout dans le monde mais surtout en France, zéro. Voilà.

Et c’est dans ce contexte-là qu’une question va tout changer. J’avais besoin de… C’est la crise de la quarantaine, sans doute, tardive, de me resituer, de me remettre en question. Et mon associé me pose une question toute simple : « C’est quoi, pour toi, une grande photo ? »

Et je lui ai répondu, tout simplement : « Une grande photo, c’est une photo que je ne peux pas refaire. » Un peu à la Cartier Bresson, à la Boubat, ce genre de grand photographe que j’admire beaucoup. C’est-à-dire des gens qui vont chercher l’instant décisif.

Et il me dit : « Mais oui, mais enfin, comme quoi ? » Je lui dis : « Comme un éclat de rire. » Tu ne peux pas refaire, reprovoquer dix fois un éclat de rire. Et le saisir, surtout.

J’avais été un peu énervé, parce que je voyais beaucoup de pub d’éclats de rire, soi-disant, faux. Ou c’était des mannequins à qui on a demandé dix-huit fois, cent fois, de rire. Et je trouve que c’était faux. Je ne le sentais pas juste, voilà.

Et je lui dis : « Et si on faisait une grande exposition, à Paris, dans ce moment-là de crise, sur fond blanc, avec des gens réellement positifs ? Ça provoquerait des discussions positives. »

Et il me fait : « Oui c’est génial, ton histoire, ta grande expo et tout ça. Mais comment on fait, pour faire éclater de rire ? » Et je lui ai répondu : « Je n’en sais strictement rien, mais j’ai vraiment envie d’essayer. »

Le LOL Project est parti de ce moment-là. L’idée, c’est de faire du bien à ceux qui en ont le plus besoin.

D’ailleurs très, très, très vite, dès la première semaine, en septembre 2009, il y a du personnel d’un hôpital avec lequel je travaillais déjà dans l’associatif qui m’appelle en disant : « C’est génial ! On a vu passer tes photos sur Facebook. » On avait créé une page Facebook pour appeler, pour recruter, parce qu’encore faut-il que les gens viennent vous voir. Et elle me dit : « Est-ce que tu peux déplacer ton studio à l’hôpital ? » Et je dis « Bien sûr ! »

Voilà comment j’ai atterri à l’hôpital de Garches, la première fois. Et c’est à ce moment-là – je raconte ça dans pas mal de conférences – c’est à ce moment-là que j’ai compris que ce projet avait du sens. Parce que non seulement il faisait du bien à ceux qui venaient dans mon studio, bien entendu. Ça me faisait déjà du bien.

Mais à l’hôpital, je me suis rendu compte que ça faisait vraiment du bien à ceux qui en avaient vraiment besoin. Et que ça me remplissait complètement.

C’est-à-dire que le soir j’étais mort, crevé. Ça demande une sacrée énergie d’aller chercher ces lâcher prise, ces éclats de rire. Mais lorsqu’on y arrive et qu’on voit le résultat, l’impact sur la personne en face de soi, on sait pourquoi on s’est levé le matin.

Et tu viens de le dire, éclat de rire et lâcher prise, c’est deux expressions pour désigner la même chose, enfin plus ou moins. C’est une question qu’on te pose souvent : comment on fait. Parce qu’il y a une espèce de mystère… Lâcher prise, c’est une expression dont on entend tout le temps parler. Il y a plein de bouquins là-dessus, dans la société d’aujourd’hui on dit tout le temps qu’il faut lâcher prise. Oui, mais comment ?
Et donc il y a un truc incroyable avec le fait que, que ce soit des enfants, des adultes, des hommes, des femmes, et donc même des enfants malades, toi, tu as cette magie-là qu’en dix-quinze minutes, tu ne les connais pas, tu ne les a jamais vus avant, mais tu arrives à leur faire lâcher prise.
Donc il y a aussi une réponse à un vrai besoin de société là derrière ce projet ?

Alors, si on replace en 2009, au-delà que c’était le début de Facebook – les gens ne se souviennent pas trop mais c’est il y a dix ans seulement. En 2009, c’était pas du tout gagné que rire, éclater de rire et lâcher prise, dans mon métier qui était mode et pub, on n’éclatait pas spécialement de rire.

Et on était plutôt dans des moments où les filles étaient très… Posaient, comme ça. Étaient très hautaines, très inabordables, intouchables…

Donc accepter qu’un humain accepte de se voir en plein lâcher prise, c’est quelque chose qui a beaucoup évolué. En 2009 c’était très compliqué.

Aujourd’hui, c’est beaucoup plus simple. Quoique. Le syndrome du LOL Project c’est que, par exemple, lorsque j’inaugure une mosaïque dans un hôpital, ou en entreprise, il y a une femme qui m’approche et qui me dit : « Tous mes collègues sont super ! Sauf moi. »

C’est le syndrome du LOL Project. C’est-à-dire que c’est un peu comme la voix : on n’accepte pas forcément sa voix. Mais on trouve que tous les autres sont superbement beaux sur la mosaïque. Et en fait, on se rend compte que cette personne-là doit d’abord s’accepter.

Le LOL Project, c’est un vrai moment « lâcher ». C’est-à-dire que c’est un moment où on fige dans le cortex, qui fait que ça provoque de l’endorphine, sérotonine, toutes les substances de bien-être… On est des vraies petites machines à fabriquer du bien-être.

Si on fait du sport, si on est heureux, si on rit dix minutes par jour… Bref, on peut se soigner en riant. C’est pas moi qui l’ai dit, c’est un professeur très connu, Henri Rubinstein, le père de la rigologie, qui a écrit un bouquin fantastique en 1983.

Moi, je ne l’ai rencontré que cette année, Henri Rubinstein. Parce que je n’ai jamais voulu lire quoi que ce soit, ni Bergson, ni personne, en fait, autour de ça. Parce que je l’ai expérimenté sur les humains.

Ne pas mettre de théorie sur ce que tu faisais, ce que tu vivais.

C’est-à-dire que je n’ai pas voulu théoriser. J’ai voulu juste vivre. Et je me suis rendu compte que certaines techniques, ou manières d’aborder les choses, photographiquement parlant, se rapprochaient de la rigologie, l’école du rire et autres, etc. Le yoga du rire…

Des gens fantastiques, que j’ai rencontrés. Mais je n’ai jamais utilisé ces techniques, en fait.

Donc pour moi, l’important, c’est le moment présent. La seule chose que je puisse dire, par rapport au « secret » du LOL Project, c’est que le plus important, dans tout ça, c’est de ramener la personne dans l’instant présent.

Si elle ne vous écoute pas. Si elle est en train de penser « je vais aller chercher le pain tout à l’heure. Et j’ai oublié de donner un pull supplémentaire à mon fils, ce matin. Oui mais en même temps, je ne dois pas oublier de payer mes impôts », et qu’elle est devant vous, vous n’allez pas arriver à grand-chose.

Il faut que le stress d’une prise de vue, ce qui est naturel… il y ait une vraie rencontre. C’est cette rencontre-là qui fait que, tout simplement, la personne va se souvenir de ce moment.

Tout le monde se souvient, j’espère en tout cas, de la première fois que vous avez rencontré votre mari, où on était le 11 septembre, où… Il y a des dates, des moments, qui vous ont impactés.

Sans avoir la prétention d’aller à ce paroxysme d’émotion, en tout cas les gens se souviennent de leur petit passage dans le LOL Project.

J’ai eu des témoignages fantastiques, surtout avec des gens à l’hôpital. Et j’en ai encore tous les jours. C’est ça qui me fait continuer, d’ailleurs.

À l’hôpital, mais aussi un homme qui a retrouvé un emploi parce qu’il a mis sa photo LOL sur son CV… Donc plein de magie autour de ce projet !

Oui, c’est une des anecdotes que je raconte sur les bientôt dix ans du LOL Project.

Tout au début du LOL Project, j’avais fait une liste d’attente. Parce que j’avais trop de personnes qui voulaient participer.

Or, je continuais à travailler, par ailleurs. Donc dans ce studio qu’on voit ici j’avais monté ma LOL box et une fois par semaine, tous les quinze jours, toutes les trois semaines… Je mettais un mot sur Facebook et sur Twitter en disant « Inscrivez-vous, il y a quinze, vingt séances. »

Les gens s’inscrivaient, et on les tirait au sort. Au début, c’était dans l’ordre d’inscription. Et donc, le fameux Jacques, était dans un certain ordre.

Il vient, il avait enfin sa place, et il me dit : « David, j’adore ce que tu fais, tes actions à l’hôpital, etc., j’adore. Mais alors aujourd’hui j’ai pas du tout envie de rire parce que j’ai été viré hier. »

Donc je lui dis : « Ben écoute on va prendre un café déjà, au moins tu es là ! » Donc on s’est parlé, on s’est rencontré, il m’a raconté. Et donc, au bout de cinq minutes, je lui dis : « Écoute, puisque tout est là, on va continuer la discussion, tu vas te mettre en face. » – « Oui, oui ! »

Il avait vraiment besoin de parler, de se lâcher, de se confier.

Et au bout de cinq minutes supplémentaires, on a commencé à faire des photos. Il a explosé de rire. Parce qu’il en avait besoin, c’est une soupape, le corps a besoin d’exulter. Et le rire fait partie de ça.

En partant, il me fait : « Qu’est-ce que ça fait du bien ! » Et je lui dis : « Tu sais ce que tu vas faire ? Tu vas mettre la photo que je vais t’envoyer, qu’on vient de faire, parce que tu as un vrai éclat de rire, et on est tous plus beaux en éclat de rire, on est positifs, on est tendu vers l’autre. Et je lui dis : « Mets cette photo sur ton CV. »

Bon. Je n’ai plus de nouvelles de Jacques pendant un mois, deux mois. Au bout de trois mois, le téléphone sonne. Il me fait : « David, je voulais que tu sois le premier à le savoir, à l’apprendre : je viens de retrouver un boulot. »

Je dis : « Ah bon, génial ! Où ? Quoi ? Comment ? » « Écoute, chez Bouygues, DRH – il était DRH avant – c’est très simple, l’entretien, ils m’ont tous posé la question : mais pourquoi vous avez mis une photo de vous en plein éclat de rire ? Donc j’ai commencé à raconter ton projet, puisque je le connais bien. Et ça a duré près d’une heure. À la fin, ils m’ont dit… cinq minutes plus tard, deux, trois trucs sur ma carrière, bien sûr. Mais 55 minutes c’était sur le LOL Project, sur pourquoi, comment… Et ils m’ont engagé. »

Et c’est là où je me suis dit que c’est la force, non seulement d’une image qu’on renvoie aux autres, mais aussi la façon d’exprimer ce qu’on ressent. C’est-à-dire que ça peut aussi faire ressortir le meilleur de chaque humain. Lui, c’est une personne bien. Ben il est encore mieux… voilà.

Le mot magique du LOL Project c’est vraiment la bienveillance. À partir du moment où on est bienveillant envers l’autre… Mais bienveillant, ça peut être : quand vous traversez dans les clous, à Paris, on a tendance à se faire tous écraser. Parce que les Parisiens ne s’arrêtent pas au feu, au passage pour piétons.

Donc bientôt, ils vont tous se faire ramasser. Mais si on traverse et que le type s’arrête. Si on fait juste « merci ». C’est con. Le type qui s’est arrêté, il a une certaine satisfaction de se dire : « Ah, il a reconnu que j’ai fait quelque chose de bien. »

Ça commence là. Au quotidien, on peut le faire. Et pas, je traverse en me jetant quasi sous une voiture. Même s’il a raison : c’est un passage protégé. C’est pas parce que c’est dû qu’il ne faut pas dire merci. Donc, ça commence là.

Et dans la vie, il y a plein de moments de gratitude, comme ça, toute la journée. Il suffit de dire merci. J’ai l’habitude de dire aussi que le rire, c’est la plus courte distance entre deux personnes.

Quand vous rencontrez quelqu’un pour la première fois, vous dites « Bonjour ! ». Alors soit vous dites bonjour et vous avez le smiley à l’envers. Pour plein de raisons, peut-être que vous avez des problèmes dans la vie ? Non ! Vous rencontrez quelqu’un pour la première fois, c’est une nouvelle opportunité, une nouvelle rencontre, un nouvel espoir, peut-être pour autre chose. Vous lui dites « Bonjour ! »

La voix doit être positive. Tout doit être positif. Je ne dis pas que je suis toujours positif, moi le premier. Mais j’essaie, en tout cas, d’aller vers ça.

Ou voir ce qui peut être positif dans ce qui peut même, parfois, être difficile.

Bien sûr.

Alors, autre chose que tu dis aussi, par rapport au LOL Project, c’est que dans cet instant de lâcher prise, on est tous égaux. Et qu’il n’y a pas de handicapé du lâcher prise. Et puis d’ailleurs, qu’on soit monsieur, madame, malade, viré… ça fonctionne. Et qu’on a ce super pouvoir. Alors en quoi est-ce un super pouvoir ?

Le super pouvoir, en fait, on ne se rend plus compte du tout qu’on est tous différents physiquement, mais on a une chose en commun : c’est qu’on peut rire, sourire, comme je l’ai dit tout à l’heure, éclater de rire. Et que si on fige ça sur une photo, qu’on soit patient, soignant, PDG, secrétaire, petit, gros, Juif, Arabe, roux, blond… On s’en fout.

Parce que quand vous mettez tous ces éclats de rire sur une mosaïque géante, dans un hôpital, que vous soyez connu ou pas connu – moi j’ai plein de personnalités qui m’ont fait l’amitié de participer à ce projet – vous êtes à côté de Nikos Aliagas, Stéphane Bern, de gens… de grands sportifs… Je ne vais pas tous les citer… Et alors ? Ils rient, comme vous.

On est tous égaux dans l’éclat de rire. On a tous ce super pouvoir de communiquer quelque chose. Le mot communiquer commence par le rire, pour moi.

Quand on communique, si on rit avec quelqu’un, on communique avec quelqu’un. On se rapproche de quelqu’un.

Et donc, si on se pose devant une mosaïque de cent éclats de rire, à un certain moment on va voir son père, son frère, sa mère… On va voir quelqu’un qu’on connait, ou qui ressemble à quelqu’un qu’on connait. Et on va parler à celui qui arrive, qui lui aussi a un petit sourire en regardant les autres éclats de rire. On va parler de quoi, à l’hôpital entre autre, ou en entreprise ? De positif. Et pas, toujours, de « la pluie ça mouille », « la guerre c’est pas bien »… Des banalités à la con.

Donc, on tend vers quelque chose de plus positif et c’est ce qu’on a de meilleur, en tant qu’humain.

Alors au départ, le LOL Project il est porté par cette vision, d’avoir des mosaïques qui s’affichent à Paris, avec des éclats de rire. Dix ans après, il est porté, encore, par quelle vision ?

Très bonne question.

Alors déjà, les objectifs, au départ, avec William, mon associé, c’était 1000 portraits, 10 000 fans sur Facebook (à l’époque, c’était comme si je dis 1 000 000 aujourd’hui), et une grande exposition.

Au bout d’un an et demi, j’avais déjà fait 1500 portraits. Donc j’allais m’arrêter. On avait déjà près de 30 000 fans sur Facebook. Et je venais de faire une grande exposition au Forum des images, relayée par la presse, etc.

J’aurais pu m’arrêter là.

Et en effet, comme c’était totalement bénévole dans les hôpitaux et que c’est très chronophage ! C’est pas seulement une journée de shooting, c’est une journée d’editing. Une journée LOL égale deux journée pleines de travail.

J’allais m’arrêter, tout simplement parce qu’en faisant ça de manière bénévole… à certains moments il faut mettre de l’essence dans la voiture.

Donc c’était financé par nos actions avec l’agence, par des travaux perso, par de la pub et autres, mais ça a une limite, quand même.

Et c’est à ce moment-là qu’il y a le PDG d’une grande boite qui m’a appelé et qui m’a demandé si je pouvais faire ça dans les entreprises. Il voulait offrir ça à son personnel, à ses collaborateurs. Et j’ai fait « Oui, oui, bien sûr ! »

Voilà, il y a eu un modèle économique au bout d’un an et demi. Petit modèle économique puisque je leur ai dit : « Moi, je fais ça pour ceux qui en ont le plus besoin, dans les hôpitaux. Au passage, je fais ça avec des inconnus, bien sûr. Donc, donnez un peu de sens à votre communication interne. Je vais photographier vos salariés, vos collaborateurs, bien sûr. Ça vous coûtera tant. Mais, offrez une journée, la même journée à l’hôpital de votre choix. Et vous verrez que les gens seront très fiers d’offrir leur éclat de rire à ceux qui en ont toujours le plus besoin. »

Voilà comment j’ai pu continuer ce projet.

Entre temps, j’ai fait une exposition il y a un an et demi, deux ans dans le métro parisien. Jamais j’aurais pu imaginer une seconde que, de réaliser une expo dans le métro parisien – petit ketje de Bruxelles, comme on dit – vue par douze millions de personnes !

Personne n’a une exposition vue par douze millions de personnes. Ça n’existe pas. Donc, il n’y a rien d’impossible. Au pire, ça marche.

Ce que je suis en train de dire, c’est qu’il faut y aller. Il y a bien sûr des obstacles, il y a bien sûr des doutes. Mais, à l’arrivée, si on fait les choses de manière sincère, cohérente, et qu’elles ont du sens… ça marche.

Donc, pour répondre à ta question, sachant qu’il y a déjà eu tout ça, j’ose rêver, par exemple, des J.O. 2024, où j’offrirais tous ces portraits. Qu’on les mette partout, pour les J.O. en France, les J.O. à Paris.

Quel est le plus beau message qu’on peut donner à la planète entière, de dire voilà, nous on a fait la Révolution française en 1789, on a fait bouger les choses, les droits de l’homme, la France… La France a vraiment une image, à l’international.

Le seul souhait que j’ai envie de donner, c’est que dix ans, douze ans après le départ de ce projet, ce LOL Project, il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui c’est la plus grande galerie d’éclats de rire au monde. Plus de 17 000 personnes. Plus de 3 000 personnes dans les hôpitaux, photographiés dans les hôpitaux…

Donc on peut imaginer qu’en 2024, il y aura… je ne sais pas, 20 000, 30 000 personnes photographiées. Et quoi de mieux que célébrer les humains d’une ville, d’un pays, qui disent tout simplement « Vous êtes bienvenus. On vous accueille de cette manière-là. Et on n’est pas des mannequins, on n’est pas payés pour ça. On est là pour dire Bienvenue. » Ce serait un très beau message universel, à mon sens.

Voilà. Ça, c’est un graal, on va dire. Il faut toujours viser la lune, on tombe toujours dans les étoiles.

Ah oui, et ça peut être, en effet, une révolution ! Parce qu’on se réfère souvent, ou les Français se réfèrent souvent, mais ça a dépassé les frontières, à mai 68, et c’est plutôt les manifestations et les pavés. Et ancrer, là, une autre image, finalement, d’éclats de rire.

Ce serait une image un peu différente de « je râle », « je grogne », « je me plains »… Même s’il y a parfois des raisons de se plaindre.

Moi je ne résiste pas à cette phrase de Churchill qui disait : « Il y a deux camps. Il y a les optimistes et il y a les pessimistes. » Et les pessimistes, en fait, ils passent pour des gens très intelligents parce qu’ils disent « Ça ne marchera jamais, le monde est plein de bêtise, de brutalité… » Ça, c’est les pessimistes.

Et on a beaucoup de pessimistes pour le moment. Alors que l’optimiste, lui, il est courageux. L’optimiste, il retrousse ses manches, et il fait des actions, du concret. Il ne parle pas dans le vent.

Il y a les diseux et les faiseux, comme dit Alexandre Jardin. Je préfère faire partie des faiseux. Parce que les diseux ils parlent beaucoup, mais pour finir, qu’est-ce qu’ils font ? Concrètement, pour l’autre.

Donc soyons des faiseux et pas des diseux.

Oui mais ça dépend aussi de ce qu’on fait, ou de l’angle selon lequel on le fait. Parce que tu as parlé du contexte de la naissance du LOL Project, le contexte extérieur – intérieur aussi – mais ta réponse à une ambiance un peu morose, c’est faire éclater de rire les gens et exposer des éclats de rire.

Oui, mais on a tous… Tous, on a ce pouvoir. Il n’y a rien d’impossible. La seule limite, c’est vous-mêmes.

Donc, se remettre en question, faire son pas de côté à chaque fois, bien sûr qu’on fait un énorme pas en arrière. Bien sûr qu’on a peur, bien sûr que c’est pas évident. Mais si c’était évident ce serait même pas drôle !

La première fois que j’ai été sur scène devant 2500 personnes pour faire un TedX, il ne faut pas imaginer que je suis né en me disant « Pour moi c’est facile de faire ça. » Pas du tout !

Je suis le gars, bizarrement, le plus timide de la terre. J’ai jamais abordé une fille, dans la rue, c’est impossible pour moi.

Donc, ce que je veux dire par là, c’est qu’on se fait violence. Et on monte sur scène, on a quelque chose à dire. Et quand on a terminé, qu’on s’est dépassé, on se sent très, très, très bien.

On a tous sauté d’une falaise. Parce que les copains sautaient de la falaise et qu’on allait aboutir dans l’eau. Et en sautant, on a tous fait « Quel con, qu’est-ce que je fous là ? »

Mais parce qu’on s’est dépassé on est arrivé et on a fait Waw ! Ensemble. Parce que les autres aussi.

On ne se sent bien, en fait que lorsqu’on dépasse ses limites. Nos propres limites. Donc si vous avez un projet, quelque chose qui va pouvoir changer votre vie, et peut-être celle des autres – donc il faut se demander aussi « Est-ce que ça change celle des autres ? Est-ce que ça me fera du bien ? Est-ce que c’est quelque chose que j’ai toujours eu envie de faire ? »

Si on a oui, oui, oui, coche, coche, coche à toutes ces questions personnelles, et qu’on se ment pas – faut pas se mentir, ça sert à rien – ben, faut y aller. Go !

Voilà pourquoi on se remet en question.

À vingt ans, on est immortel, donc on ne se remet pas en question. À trente ans, on est toujours très immortel. Vers quarante ans, on commence à perdre des gens autour de soi. Puis la vie vous donne quelques coups, quelques baffes, comme on dit à Bruxelles, et… ramelink – on dit aussi ramelink – mais, derrière, on n’est plus immortel.

Lorsqu’on compte, comme disait Jean d’Ormesson que le… Quand on vous souhaite votre anniversaire, on vous dit toujours « Ah, David, un an de plus ! » Jean d’Ormesson disait : « Non, non, un an de moins. »

Donc, si c’est un an de moins, il faut prendre chaque moment. Voilà. Donc je fais ça aujourd’hui, je ferai peut-être autre chose demain, en tout cas il faut le faire avec sincérité.

Alors pour clôturer cet interview, je pose toujours la même question, qui est : si tu penses à quelqu’un qui est en train de nous regarder et qui sent bien qu’il n’est pas tout à fait à sa place, qu’il n’a pas une vie pleine de sens comme il le voudrait, mais qui ne sait pas quoi faire, ou qui a un peu trop peur pour oser changer des choses, quel serait ton conseil en or à toi, pour au moins amorcer un mouvement ?

C’est très délicat de répondre à cette question, parce que chacun a ses armes. Mais ceux qui écoutent, ceux qui vont regarder cet interview, si au fond, au fond, au fond d’eux-mêmes, ils savent exactement à quel moment, dans leur vie, les choses ont basculé…

On a tous ce moment-là. Où on galère, et puis soudain… Et on y croit, on y croit.

Un, il faut s’accrocher. C’est pas facile. Et à un certain moment, clac, quelque chose va arriver.

L’important, c’est pas la destination. On vise toujours quelque chose de grand, de ceci… Le grand soir, il n’arrive pas. C’est en chemin qu’il y a des choses qui vont se passer.

Donc, un but. Se fixer des buts, ça c’est important. Une règle, un but.

Quand je parlais du LOL Project c’était 1000 portraits, 10 000 fans… il y avait un but.

Parce que sans but, vous vous dites, le lendemain : « Wah, je ne vais plus au sport, je m’en fous. » Mais si vous voulez perdre du poids, vous dites « Je vais au sport. »

Donc, un but. Un but vérifiable.

Et à un certain moment, pendant ce temps-là, votre but vous allez l’oublier, immanquablement. Mais vous allez rencontrer des gens incroyables, sur votre chemin.

Des gens qui vont vous faire dévier un peu, qui vont vous nourrir. Écoutez les autres, les autres sont tellement riches !

Il faut écouter les autres, il ne faut pas avoir un tomahawk dans sa tête. Il ne faut pas aller tout droit, buté, etc. Les autres sont beaucoup plus riches.

Peut-être que seul on va vite, mais à plusieurs on va beaucoup plus loin. C’est ça la fameuse phrase, je ne sais plus qui a dit ça, mais j’y crois.

Aujourd’hui, la richesse de ce projet c’est que j’ai rencontré, j’ai eu la chance de rencontrer des gens fantastiques. Bien sûr, à l’hôpital. Pour moi, les blouses blanches, c’est des gens qui changent la vie des gens, au quotidien. C’est des gens qui donnent une image de l’humanité comme moi je l’aime. Quand ils se lèvent le matin et ils vont à leur boulot, mais c’est en même temps, ils ont donné du sens à.

Ils ne gagnent pas des mille et des cent, mais c’est pas… ils ont une considération, ils le savent, c’est la considération de…

Et c’est la même chose pour tout le monde. Pour être considéré, d’abord, il faut se considérer.

On est tous capables. Tous.

J’ai dit « Il n’y a pas de handicapé du rire », chacun peut avoir son projet, son idée. De toute façon, s’il persévère, il va y arriver. De toute façon. C’est immanquable. Il n’y a pas de…

Il n’y a pas de handicapé de la réussite ou de handicapé de la vie.

Exactement. Aucun handicapé de la réussite. Il faut juste s’accrocher et arrêter de dire « C’est la faute des autres, c’est la faute de là où je viens. »

Je suis le meilleur exemple, moi je viens vraiment d’une cité, voilà. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il n’y avait pas toutes les cases remplies au départ.

Et tu les as remplies toi-même par la suite.

Voilà. Donc il faut se donner des défis. Il faut avoir peur. Et c’est souvent au bord de l’abîme qu’il y a quelque chose qui va arriver. Là où vous êtes désespéré, quelque chose arrive. Et ça vient. Mais il faut aller au fond.

De toute façon, ça ne sert à rien de creuser, quand vous êtes au fond. On ne peut faire que remonter, comme dirait l’autre.

Mais il faut apprendre à être apnéiste. Donc retenez votre souffle, allez au fond, allez au fond, allez chercher au fond de vous, et hop, on remonte.

Mais regardez bien autour de vous, parce qu’on va vous donner des mains. On va vous donner au moins une chance. Une fois, deux fois.

Il y a des gens qui vous donnent une chance. Si vous êtes une opportunité pour les autres, ils vont venir tout seuls.

Et comme tu le disais au début, saisir les opportunités qui s’offrent aussi, alors.

C’est le plus important. C’est saisir des opportunités. Attention, il y a des pièges, c’est pas grave, on peut se tromper. Néanmoins vous allez rencontrer des gens qui ont aussi une dynamique, une envie. Et il faut être toujours dans le mouvement.

Jamais se relâcher. Non, il faut être dans un vrai mouvement.

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