Longtemps, je me suis demandé pourquoi les gens se levaient le matin.

Je les regardais avancer dans leur quotidien avec une évidence qui m’échappait complètement.

Se lever.

Aller à l’école.

Grandir.

Travailler.

Construire une vie.

Recommencer le lendemain.

Pour les autres, cela semblait aller de soi.

Pour moi, rien n’allait de soi.

J’avais le sentiment de vivre dans un monde dont tout le monde connaissait les règles… sauf moi.

Je me demandais comment ils faisaient.

Pourquoi cette vie qui leur semblait si naturelle m’était, à moi, si étrangère. Pourquoi ce qui semblait si simple pour eux était, pour moi, si douloureux.

Les vacances étaient des respirations.

Je passais des journées entières dans les bois à inventer d’autres mondes.

C’était peut-être déjà une manière de chercher celui dans lequel je pourrais enfin habiter.

Longtemps, j’ai cru qu’en comprenant la vie, je finirais par découvrir le mode d’emploi qui semblait avoir été donné à tout le monde… sauf à moi.

Alors j’ai cherché.

J’ai étudié.

Je me suis formée.

J’ai accompagné, enseigné, écrit.

Je croyais chercher un sens à ma vie.

Aujourd’hui, je crois que je cherchais surtout comment vivre.

Jusqu’au moment où j’ai découvert que la vie ne demandait pas d’être comprise.

Seulement d’être vécue.

Un jour, je me suis retrouvée, un peu par hasard, les mains dans la terre. En la façonnant, j’ai découvert une manière d’être que je ne connaissais pas.

Avec le temps, j’ai compris que ce que la terre m’apprenait, je le retrouvais aussi dans les relations humaines.

Je ne m’intéresse pas aux êtres humains parce qu’il faudrait les réparer.

Je m’intéresse à ce moment très particulier où quelqu’un rencontre une part de lui-même qu’il ne connaissait pas encore.

Je crois que c’est cela qui me touche le plus.

Chez les autres.

Et chez moi.

Parce qu’au fond, je continue moi aussi à rencontrer Patricia.

Parfois lumineuse.

Parfois maladroite.

Parfois joyeuse.

Parfois en colère…

Et je découvre peu à peu qu’elles ont toutes leur place.

Aujourd’hui, je façonne la terre.

J’anime des rencontres et des temps de transmission.

En apparence, ce sont deux activités distinctes.

Pour moi, elles racontent la même histoire.

Celle d’une femme qui continue à explorer la question qui l’habite depuis l’enfance : comment être pleinement vivante ?

Et qui le fait aujourd’hui en s’émerveillant de ce qui la traverse, parce que dans tous les cas c’est… de la vie !